Emploi : le luxe vu par les jeunes actifs de demain

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Selon une étude d'ESG Luxe et So Youth, le luxe bénéficie d’une forte attractivité auprès des jeunes, mais fait face à un double enjeu : lever les freins d’accès et s’adapter à l’évolution des préférences métiers et sectorielles.


L’école spécialisée dans le commerce et le marketing du luxe ESG Luxe et le cabinet d’études et de conseil So Youth présentent un rapport dédié au secteur haut de gamme et à la jeunesse, autour des sujets RH et des aspirations de la jeune génération. L'étude se base sur un échantillon de 402 jeunes intéressés par le luxe, équitablement répartis sur la tranche 18-25 ans. 32% du panel réside en Île-de-France et 39% a des parents employés, 16% cadres et 13% sans activité. Plus d’un quart des répondants a un niveau bac, 20% sont titulaires d’un bac+3 et 10% d’un bac+5.

Attractif mais sélectif

L’enseignement clé du rapport s’articulerait autour du fort attrait des 18-25 ans pour l’industrie premium. 79% des jeunes du panel ont déclaré qu’ils aimeraient un jour y travailler. L’image du secteur du luxe apparaît globalement positive, mais reste nuancée. Près de la moitié des jeunes interrogés en ont une perception favorable, tandis que le reste des interrogés exprime une opinion neutre ou négative.

Les valeurs associées au luxe se tournent vers la qualité, l’excellence et le savoir-faire (34%), ainsi que vers le prestige et le statut social (30%). Il est également abordé comme un secteur offrant des salaires élevés (29%) et porteur de créativité et d’innovation (15%), avec une dimension internationale et relationnelle non négligeable (14%). Cependant, cette image positive est contrebalancée par certains freins symboliques. Une partie des jeunes associe le luxe à un univers exigeant, marqué par la pression et la compétition (11%), ainsi qu’à des réserves d’ordre éthique (7%).

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Dans la continuité des valeurs du luxe, l’attractivité du secteur reposerait sur un ensemble de motivations à la fois économiques, symboliques et personnelles. Les jeunes sont d’abord sensibles aux salaires attractifs (plus d’un tiers), mais aussi à la dimension culturelle et artistique, à la qualité des produits, au prestige et à la possibilité de transformer une passion en métier. Fait intéressant : 14% des femmes et 11% des hommes citent la réduction sur les articles comme un élément de motivation.

Cependant, cette dynamique se heurterait à de nombreux obstacles. L’accès au secteur est largement perçu comme difficile par 65% des jeunes, un ressenti encore plus marqué chez les femmes. À cela s’ajoute un sentiment d’illégitimité : près des deux tiers déclarent ne pas se sentir à l’aise dans cet univers, alors que seules 14% des femmes (contre 24% des hommes) rejettent cette idée. Le secteur est également perçu comme peu ouvert. 50% doutent de la diversité des profils recrutés, contre 26% qui le jugent inclusif, tandis qu’un quart reste indécis. L’entrée dans le luxe est aussi fortement associée à des ressources spécifiques. 75% des jeunes estiment qu’il est nécessaire de disposer d’un réseau, et 73% considèrent qu’une formation spécialisée est indispensable.

Des préférences de secteurs et de métiers différentes selon le genre

Les préférences des jeunes pour les différents secteurs du luxe connaîtraient une évolution marquée en 2026. Les cosmétiques et parfums arrivent désormais en tête avec 40% des 18-25 ans qui s’imaginent y travailler (+19 points par rapport à 2023), devant la mode et la haute couture (35%) en net recul (-26 points). Derrière, l’hôtellerie et le tourisme (32%) ainsi que les transports de luxe (30%) sont aussi en vogue. La gastronomie (24%), l’architecture et la décoration (21%), la joaillerie (21%) et les vins et spiritueux (12%) complètent le classement. Cette recomposition traduit un basculement important : la mode, historiquement dominante, perd du terrain au profit d’univers perçus comme plus accessibles ou en phase avec les nouvelles aspirations.

Les femmes se projettent davantage dans les univers de la cosmétique/parfumerie ou de la mode (49% pour chacun des secteurs), ainsi que dans les métiers de l’hospitalité (39%). À l’inverse, les hommes privilégient des secteurs comme l’automobile et les transports (40%), la gastronomie (32%) et les vins et spiritueux.

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En termes de métiers envisagés, les fonctions créatives et stratégiques dominent avec la création et le design (36%) et le marketing et la communication (34%) en tête. Viennent ensuite la production, les métiers tech et digital, l’événementiel et le retail. La R&D (15%) et la RSE (9%) restent plus minoritaires. Là encore, des écarts apparaissent : les femmes se tournent davantage vers la création et l’événementiel, alors que les hommes sont plus attirés par les métiers techniques et digitaux.

Enfin, le rapport d’ESG Luxe et So Youth présente quelques clés pour favoriser le recrutement des jeunes. Les contenus qui suscitent le plus l’envie de travailler dans le luxe seraient avant tout ceux qui rendent visibles la réalité des métiers. En tête, les coulisses de fabrication et les visites d’ateliers ; les séries consacrées aux métiers ; les vidéos de défilés et backstage ; et les actualités qui témoignent du leadership de la France. Les témoignages de jeunes professionnels, les interviews de directeurs artistiques et les actualités sur les ambassadeurs et les égéries sont moins déterminants.

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