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« Comment le paiement fractionné s’est imposé dans l’écosystème du luxe » Antoine de la Rivière, Alma

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Longtemps perçu comme incompatible avec les codes du luxe, le paiement en plusieurs fois s’impose aujourd’hui comme un service discret mais structurant de l’expérience client.


À travers cet entretien avec Antoine de la Rivière, Chief Revenue Officer d’Alma, nous explorons comment cette évolution traduit une transformation plus profonde du luxe : usages clients, performance en boutique et nouveaux standards relationnels.

Sandra Robichon

Pendant longtemps, le paiement en plusieurs fois était perçu comme incompatible avec les codes du luxe.
 À quel moment avez-vous senti que ce tabou commençait réellement à tomber ?

Antoine de la Rivière

Dans l’univers du luxe, les Maisons ne dictent pas seules les usages : elles observent attentivement leurs clients et s’adaptent à leurs attentes profondes.
Lorsque ces attentes évoluent, les lignes bougent parfois plus vite qu’on ne l’imagine.

Historiquement, certaines Maisons ont toujours joué un rôle pionnier en matière d’innovation. Lorsqu’elles prennent le parti de répondre à un usage client réel et assumé, l’ensemble du marché finit par s’aligner. Le paiement fractionné s’inscrit exactement dans cette dynamique.

Nous sommes aujourd’hui entrés dans une phase de maturité. Le paiement en plusieurs fois n’est plus un signal marginal mais un usage installé : 66% des consommateurs en France y ont recours. Ce qui relevait hier de l’exception est devenu un standard de confort.

Certaines Maisons, notamment celles dont la temporalité est plus longue et l’approche patrimoniale très marquée, y viendront sans doute plus tard. Mais la trajectoire est désormais claire : il ne s’agit plus d’un débat idéologique, mais d’une évolution structurelle du marché.

Sandra Robichon

Lorsque des Maisons de référence intègrent Alma, s’agit-il d’un choix purement business ou d’une transformation plus profonde de la relation client ?

Antoine de la Rivière

Le paiement en plusieurs fois doit être envisagé comme un service à part entière.
 Au même titre qu’un mode de livraison, une attention particulière ou un accompagnement personnalisé, il offre avant tout une liberté de choix.

Cette flexibilité répond à plusieurs réalités contemporaines :


– une gestion fine de la trésorerie personnelle,


– un arbitrage assumé, y compris chez des clients très fortunés,


– une volonté de fluidifier l’acte d’achat sans en altérer le plaisir.

Il faut également considérer la dimension générationnelle. Plus de 75 % de la génération Z utilise déjà le paiement fractionné.

Pour les Maisons qui souhaitent rester désirables auprès des nouvelles clientèles fortunées, ignorer cet usage reviendrait à se couper d’un levier d’affinité majeur. Lorsqu’il est bien intégré, le paiement fractionné ne banalise pas l’expérience. Il peut au contraire renforcer la relation client, à condition de rester discret, fluide et parfaitement aligné avec les codes de la Maison.

© Alma

Sandra Robichon

Qui sont les clients luxe qui utilisent Alma aujourd’hui ? Observe-t-on une évolution du profil client ?

Antoine de la Rivière

Alma bénéficie d’un observatoire particulièrement représentatif du marché européen, avec une présence dans dix pays. Contrairement à certaines idées reçues, il ne s’agit pas d’une clientèle fragile ou opportuniste. Ce sont majoritairement des clients locaux, installés, qui choisissent le paiement fractionné comme un outil de confort et de pilotage de leurs dépenses, non comme un recours contraint.

Sandra Robichon

Le luxe repose sur le désir et la rareté. Comment préserver l’image de marque tout en intégrant le paiement fractionné ?

Antoine de la Rivière

Le luxe a toujours évolué par cycles. Il y a quinze ans, certaines Maisons refusaient encore d’afficher leurs prix en ligne. Aujourd’hui, cette question ne se pose plus. Le paiement fractionné suit la même logique. Lorsqu’il est parfaitement intégré, il devient invisible. Notre ambition est précisément de disparaître dans l’expérience client. Un parcours fluide, rapide, sans friction, ne détourne jamais l’attention du produit ni du geste de vente. Il accompagne l’acte d’achat avec naturel.

Cela suppose un véritable travail d’accompagnement des équipes terrain : formation, pédagogie, levée des a priori.

Pour les conseillers de vente, Alma devient alors un outil au service d’une vente plus qualitative, plus sereine, et souvent plus ambitieuse.

Sandra Robichon

Comment cette solution est-elle perçue par les équipes en boutique ?

Antoine de la Rivière

Alma n’est pas un outil de crédit risqué. Notre approche est volontairement exigeante et sélective. Nous finançons uniquement des clients capables d’assumer leurs engagements, avec une gestion rigoureuse du risque et une attention particulière portée à la fraude, un enjeu clé dans le luxe.

L’adoption par les équipes repose sur trois piliers :


– la compréhension du positionnement,


– la simplicité d’usage,


– la clarté des bénéfices pour le client comme pour le conseiller.

Une fois ces conditions réunies, le paiement fractionné s’intègre naturellement au discours de vente. Il devient un levier, non une contrainte. Alma se distingue également par une exigence forte : absence de frais cachés, possibilité de décaler une échéance sans pénalité, non-exploitation des données clients.

Ces éléments sont essentiels pour rester aligné avec les standards éthiques et relationnels du luxe.

Sandra Robichon

À horizon trois à cinq ans, ne pas proposer ce type de solution peut-il devenir un frein à la performance retail ?

Antoine de la Rivière

C’est déjà une réalité. Dès lors qu’une partie significative de votre clientèle est habituée à ce type de service, ne pas l’offrir peut générer une friction invisible mais réelle dans l’acte d’achat.

Les chiffres sont éloquents : dans le luxe, le panier moyen via Alma est en moyenne 1,8 fois supérieur à celui observé sans paiement fractionné.
 Ne pas l’intégrer, c’est potentiellement renoncer à de l’upsell, du cross-sell et à des achats plus spontanés. Le frein est souvent théorique, porté par des représentations anciennes.

Dans l’esprit des consommateurs, il n’existe déjà plus.

© Alma

Sandra Robichon

Lecture finale : un luxe plus fluide, plus serviciel, plus aligné ?

Antoine de la Rivière

Le paiement en plusieurs fois s’inscrit aujourd’hui dans une logique plus large : celle d’un luxe serviciel, fluide, attentif aux usages réels de ses clients. Lorsqu’il est bien pensé, il ne crée aucune rupture dans l’expérience, il la prolonge.

Le véritable enjeu pour les Maisons n’est plus de savoir s’il faut l’adopter, mais comment l’intégrer avec intelligence, discrétion et cohérence parce que dans le luxe, ce qui compte n’est pas seulement ce que l’on propose, mais la manière dont on le propose.

Antoine de la Rivière Alma

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